Le 4 avril dernier, l’ancien ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a publié sur les réseaux sociaux un message mensonger et insultant concernant l’enseignement de la langue corse et le modèle immersif. La fédération d’associations Pour que vivent nos langues tient à réagir avec la plus grande fermeté à ces propos qui témoignent d’un mépris profond pour nos réalités territoriales.
Nos langues, qui « appartiennent au patrimoine de la France » selon l’article 75-1 de la Constitution, sont aujourd’hui en grand danger. Elles sont les victimes, depuis des décennies, de politiques successives visant à imposer une langue unique au détriment de toute la richesse culturelle existante. À ce jour, une politique linguistique volontariste est indispensable à leur sauvegarde. Celle-ci doit comprendre un véritable développement de leur enseignement sous toutes ses modalités, y compris l’immersion, comme le stipule d’ailleurs la circulaire de l’Éducation nationale de décembre 2021. Nos langues ont également besoin de mesures concrètes permettant le développement de leur usage social en dehors des salles de classe.
Pourtant, malgré une volonté citoyenne affirmée pour la survie de ce patrimoine vivant, le développement de l’enseignement de nos langues est constamment en butte à des attaques inacceptables. Jean-Michel Blanquer, durant son passage au ministère, en a été l’un des principaux artisans.
Pour que vivent nos langues a été créé en novembre 2019 pour dénoncer la politique linguicide menée par le gouvernement, notamment au travers de la réforme du lycée de M. Blanquer. Cette réforme, qui réduisait le nombre d’heures d’enseignement en langue à quelques heures dans l’enseignement bilingue, plaçait les élèves dans des situations les empêchant de choisir une option langue régionale, ou restreignait celle-ci à un enseignement de type 2de langue vivante (LVB), les autres langues étant autorisées en première langue vivante (LVA). Les attaques successives du ministre ont été nombreuses par la suite, que ce soit sur les examens (avec l’interdiction – aujourd’hui levée – de rédiger les épreuves de sciences du Brevet en langues régionales, ou son équivalent encore en application sur toutes les épreuves du baccalauréat), ou sur les moyens, les conventionnements, ou les procédures d’ouvertures de nouvelles classes ou de nouvelles écoles.
En 2021, à l’occasion de l’adoption par les deux chambres du Parlement de la loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion – dite loi Molac – M. le Ministre s’est illustré par des manœuvres très peu républicaines visant à empêcher la mise en œuvre d’une loi très démocratiquement votée. Bien qu’éloigné du pouvoir exécutif, M. Blanquer poursuit aujourd’hui sa croisade idéologique dans ses ouvrages et sur les réseaux sociaux, utilisant le mensonge comme nouvel outil.
Le désir d’uniformité et d’unicité linguistique, qui se traduirait par l’éradication des langues régionales, ne fait pas partie des valeurs d’une République qui est, et qui restera, toujours plus riche et plus diverse que ne le souhaite l’ancien ministre. Mais ces attaques soulignent toutefois la nécessité d’une sécurisation constitutionnelle de nos langues et des acteurs qui se battent pour elles au quotidien.
C’est dans cette optique qu’une délégation de Pour que vivent nos langues rencontrera le ministère de l’Éducation nationale afin de demander l’application des recommandations issues du rapport d’information sénatorial d’octobre 2025 dans le cadre de la mission d’information sur la mise en œuvre de la loi du 21 mai 2021 relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion, dite “loi Molac”. Il est temps que les pouvoirs publics rompent avec ce dogme de l’unicité pour laisser vivre notre diversité.
